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mardi 8 juillet 2014

Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch (2014)


Only Lovers Left Alive

 De Jim Jarmusch, avec Tilda Swinton et Tom Hiddleston.





Eve vit à Tanger, dans les petites rues de la vieille ville. Elle accumule les livres en toutes langues, s'habille de blanc, et cultive un style 70's suranné. Elle semble évoluer dans une ambiance lourde d'encens, de patchouli et de philosophie hippie. Elle danse au ralenti dans sa chambre à baldaquin, entre voilages et tapisseries.

Adam vit à Detroit, dans un manoir abandonné. Il y stocke des monceaux d'instruments de musique de toutes époques, compose un rock psychédélique et cultive sa dépression d'artiste maudit. Il traîne en peignoir de velours, ne trouvant un plaisir éphémère qu'à l'achat de chaque nouvelle guitare de luxe. Blasé par la vanité humaine, Adam rêve parfois de mourir.

Tous deux vivent dans le noir, rideaux fermés. Adam et Eve sont des vampires.
Elle se procure du sang en douce dans un bar du souk, il soudoie le personnel hospitalier.
Ils s'aiment à distance, et vivent une vie trop longue et trop lente, depuis tant de siècles.

Quand ils se retrouvent enfin, Eve craignant les pulsions suicidaires d'Adam, ils vivent un court moment d'harmonie parfaite avant d'avoir à gérer l'impulsive et puérile soeur d'Eve, Ava.



Only Lovers Left Alive est un film lent et lourd. 123 minutes d'images sombres, peu de dialogue et peu d'action. Les fans de Blade et de Underworld risquent d'être perturbés par ce film d'esthètes, délicat et dépressif comme une vie de 500 ans.

Soyons clairs : c'est un film où il ne se passe rien.

On suit deux chemins croisés, entrelacés amoureusement, avec anxiété, profondeur, humour même, on laisse le son des guitares s'enrouler autour d'une photographie parfaite, on est subjugué par l'intensité et la bizarrerie naturelle de Tilda Swinton et la fragilité à fleur de peau de Tom Hiddleston.
On se laisse toucher par la vision désespérée de ces surhumains, voyant les crises et les guerres détruire petit à petit l'oeuvre humaine, voyant au cours des siècles de grands scientifiques décriés, oubliés, assistant impuissants à la décadence infinie des sociétés successives.
Tanger sombre et riche, Detroit dévasté et squelettique, les villes collent à la peau des personnages.

La musique, pesante et complexe, alanguit encore l'image poudrée, alourdie comme une fumerie d'opium. Une excellente bande-son signée du groupe Sqürl et du luthiste hollandais Jozef Van Wissem.






Ce film montre la "réalité" des vampires sans doute bien plus que les films d'action du genre. En effet, quel plaisir aurait-on à vivre éternellement ? Là où Eve en profite pour toujours lire, se délecter de poésie ou de romans, Adam se désespère d'une humanité si cruelle qu'elle est capable de détruire un homme avant de l'encenser pendant des siècles. La scène où il montre l'Opéra de Detroit, ravagé par les années, et transformé en parking, est poignante.


Note finale : 10/10
Un film magnifique, très riche de sens si l'on arrive à passer outre le rythme extrêmement lent.
Je le comparerais à "Lords of Salem" de Rob Zombie, pour l'ambiance poussiéreuse d'un dimanche de Novembre et pour la bande-son décalée, obsessionnelle et perturbante.

Un film-ovni que tout amoureux des vampires se doit de voir, avec un bon cigare et un verre de whisky hors d'âge.



jeudi 15 mai 2014

La Comtesse (2009)

"La comtesse" (The Countess), 2009, de et avec Julie Delpy.



Un film sur la comtesse Bathory ! Chouette !... ou... au secours ?

Deux avertissements de base :
- Il y a des libertés prises avec l'histoire telle que nous la connaissons.
Inutile donc d'aller voir ce film si vous voulez resté collé à LA légende.
- Ce film n'est pas un blockbuster, pas un film d'action, pas un film de vampires.
Pas ou peu de cuir, de capes, de crocs, d'effets spéciaux.

On est surpris dès le début par le style LENT de ce film. Une histoire si violente adaptée avec la froideur opaque d'un brouillard de Varsovie, ça surprend.
On sait d'emblée qu'on va taper dans le film d'ambiance, psychologique, voire cérébral.
Ca m'a évoqué "Barry Lyndon" ou encore "Le Parfum" pour certains aspects.
Autant vous dire que si vous vouliez de la tripe et de la giclure, vous serez déçus.

L'histoire est bien montée, des premiers signes de regrets de sa jeunesse à sa folie toute en retenue, cette Comtesse glaciale ne manque pas de charme. Certaines scènes sont menées avec brio (plans et contreplans du bal...), d'autres, un peu vieillotes (la pyramide de morts sur laquelle trône le Comte est plus ridicule qu'autre chose). Mais l'image est impeccable, des tons de gris tristes des pays de l'Est en guerre contre les Turcs aux mélanges mordorés des scènes d'amour.
Peu de sang, donc, mais on en a pour son argent. Les tortures sont montrées crescendo avec finesse, presque raffinement.

Au final, on garde une impression froide de brouillard d'hiver, quand tout a un écho ralenti.
Une biographie en teinte de gris, de la pierre à l'acier. Une longue marche vers la folie furieuse, jusqu'à la déchéance.
J'ai apprécié la mise en avant du contexte politique, les manipulations, et les interrogations sur la véracité des rumeurs. J'ai aimé cette description d'une société patriarcale agacée par la fortune d'une femme, et la facilité des accusations morbides pour reprendre ses terres.
On en sort avec l'envie de se documenter plus avant, car cette biographie très réaliste laisse des questions en suspens.

Ce film n'est clairement pas "fun". Pour ma part, la bande-annonce m'avait paru chiante, ça a donc été une bonne surprise. Le problème, c'est que ce genre d'opus peu accessible ne se voit qu'au cinéma, difficile à partager entre amis ou en famille, tant son ambiance est lourde et solennelle.

Je reste donc un peu sur ma faim d'amatrice de films moins sérieux et plus légers, et j'espère qu'un de ces jours, Hollywood nous sortira un "Bloody Bathory" avec du vinyle, des clous, et Blade. Ou un truc du genre, qu'on rigole un peu.

Note finale : 8/10

Un très beau film tout en finesse et réalisme, avec des personnages aussi délicats qu'attachants, malgré leurs failles. Une comtesse digne des légendes et des gravures...
Au bout du compte, même si ce n'est pas un film simple à appréhender, cela reste une belle œuvre comme on aimerait en voir plus souvent au cinéma, surtout Français.